L’apparition des machines nous a fait passer de l’ère de l’artisanat à l’ère industrielle. Avant l’ère industrielle, on ne parlait pas de « consommation », parce que, l’acquisition des biens de valeur ne concernait qu’une frange limitée de la société, surtout la noblesse, le clergé et les marchands. D’autre part, qualitativement, l’acquisition était définie
par une idée de la richesse plus concrète, différente de notre appréhension
postmoderne de la richesse. Être riche, dans l’antiquité, c’était surtout posséder une terre, un beau domaine et s’entourer de belles choses.
Le mot « révolution » implique un retournement complet. Ce que l’on a appelé la « révolution industrielle» constitue effectivement un changement radical dans le domaine de l’échange. D’abord parce que le développement exponentiel de la technique a permis une production de masse sans commune mesure avec ce que l’artisanat pouvait produire dans les siècles précédents ; et d’autre part, parce que la mutation de l’ère industrielle retourne de fond en comble l’idée même de la richesse qui devient l’accumulation de l’argent. La production de masse ne se comprend qu’au sein d’un système économique qui est le capitalisme.
Mais la société de consommation est-elle une sorte de résultante mécanique de la révolution industrielle ? Faut-il la définir seulement à partir de la transformation de l’échange ? N’est-elle pas plutôt l’issu d’un processus fondamentalement idéologique ? Ou bien est-elle construite sur le fond d’une mentalité qui ne fait que se refléter en elle ? Le consommateur, n’est-ce pas, par excellence, l’identité de l’homme postmoderne ?
Qu’est-ce que la société de consommation ?
La société de consommation est-elle le résultat d’un processus historique inéluctable, lié aux transformations de l’économie, ou le sous-produit de la manière d’être au monde des individus que nous sommes ? Est-elle le produit d’une culture ? Est-ce l’apogée de la culture occidentale ?
* *
*
plus
du tout liés à une fonction ou à un besoin défini. Précisément parce qu’ils
répondent à tout autre chose... la logique du désir, auxquels ils servent de champ mouvant et inconscient de signification ». Le désir ne répond pas à un manque objectivable, il n’existe que dans le champ de la
subjectivité désirante, elle-même identifiée à une logique sociale et qui la domine. Nouvel argumentaire:
-
Vous êtes à la recherche de v, (de l'Identité, du
Confort, de la Joie, de
la Paix de la Sécurité etc.).
- Le produit a,
est un moyen facile d’obtenir v.
- Il est donc indispensable de vous procurer
a, pour acquérir : v (l'Identité, le Confort, la Joie, la
Sécurité etc.).
L’exaspération du désir crée deux situations limites :
f)
La consommation doit devenir une pulsion. Mieux, une compulsion. Plus elle est un réflexe, meilleur est son effet. Et un réflexe, c’est tout le contraire du produit d’une réflexion. Ce réflexe, il est inculqué très tôt dans le bombardement constant de la publicité à la
télévision. L’enfant est conditionné très tôt. Il
connaît par cœur toutes les publicités, mieux que les tables de multiplications ou
les règles de grammaire. Il les récite dans les cours de récré. C’est lui qui
fait un caprice au supermarché pour faire acheter les céréales du clip rigolo
que l’on a revu deux cent fois. Le consommateur ne le sait pas, mais sur les
rayons, il prend systématiquement ce qui a été programmé dans la publicité. Il
exécute les séquences de conditionnement qu’il a soigneusement appris, pendant
les heures de dressage devant la télévision. Il a été
habitué à « croquer la vie à pleine dent », dans des produits bien ciblés, dans
le spectacle constant de la libération des pulsions. Il voit tous les jours la
boulimie, la gloutonnerie, le luxe. Je le veux, je me l’offre ! -
a) Elle a d’abord été réclame, pour vanter la satisfaction des besoins et les mérites d’un produit.En 1972, lors de la Conférence des Nations unies sur l’environnement à Stockholm, un doute a surgit chez les experts de l’économie. Celui de la compatibilité entre le développement accéléré appelé « croissance » et la préservation de l’environnement. Jamais auparavant on ne s’était vraiment posé pareille question. Le monde était divisé en trois : les pays « développés » possédant un taux de croissance satisfaisant, les pays « en voie de développement », dont le taux de croissance est accéléré, et les « pays sous-développé » dont la croissance devait être encouragée. Il était sous-entendu que le modèle occidental était indiscutable, que le reste du monde le suivait et devait le suivre inéluctablement. Il fallait raccrocher les pays pauvres à la locomotive de la croissance des pays riches. La machine économique tournait à plein régime. On était encore dans la droite ligne des vieilles idées de la religion du progrès du positivisme.
1) Et puis les observations se sont accumulées, convergentes et inquiétantes. Il est évident que le modèle occidental ne peut pas devenir universel, sous peine de destruction très rapide de la planète. Le cercle des experts du club de Rome était prestigieux et nullement composé d’écologistes fanatiques. La publication du rapport du Club de Rome titrait Halte à la croissance. Elle devait donc déclencher une agitation intellectuelle considérable, car elle heurtait de front un présupposé constant du capitalisme depuis ses origines. Le Club de Rome avait l’audace de poser le principe d’une croissance zéro, pour d’urgence mettre un frein à la consommation effrénée des biens, de l’énergie, des ressources de la planète. Il fallait opérer un virage radical. Un des présidents de la Commission, Sicco Mansholt, alla jusqu’à contester qu’il ait pu soutenir les idées des « zégistes », puisqu’il estimait pour sa part que ce n’était pas une croissance zéro qu’il fallait viser,
mais... une croissance négative !Par la suite, on a fait beaucoup d’efforts pour éviter le débat, et on a développé un discours d’optimisme extraordinaire disant que la croissance avait réussi a combler l’écart entre les pays pauvres et les pays riches. On peut toujours tenter de se rassurer avec des illusions. Il ne faut inquiéter personne. Mais on n’a pas pu occulter complètement le problème, qui a resurgit en 1992 avec une idée lancée à Rio, celle du développement durable. L’idée était de désormais inscrire toutes les initiatives économiques dans la perspective de l’intérêt des générations futures en ayant un grand souci des incidences sociales et écologiques. Ce qui aurait aurait été apprécié de Hans Jonas, l'auteur du Principe responsabilité.
Mais la difficulté la plus vive, c’est que la société de consommation, pendant ce temps là, elle, ne spécule pas sur le PNB, elle fonce à cadence accélérée dans la direction de la croissance quantitative. Avec les résultats que nous avons sous les yeux. Au cours du XXième siècle, ce siècle, la planète a vu sa population multipliée par quatre. De 1 milliard et demi en 1900, nous allons passer à 7 milliards en 2006. La consommation d'énergies et de matières premières a explosé, tout en demeurant très inégalement répartie : un cinquième de la population, les pays riches, s'accapare 80 % des ressources naturelles de la planète. Non seulement cela, mais il faut bien comprendre que l’accroissement du niveau de consommation se démultiplie avec le nombre toujours d’individus qui deviennent des consommateurs.
(document)
La conséquence est une explosion sans précédent de la pression exercée par l'humanité sur la planète et un pillage des ressources inouï. Cela se traduit, par exemple, par l'effet de serre, qui augmente la température du globe et entraîne des catastrophes climatiques. Sans compter le développement accéléré de la pollution. La Terre est devenue une vaste décharge de la société de consommation. Nous commençons à entrevoir la fin de la majeure partie des ressources fossiles au cours du siècle actuel: il reste, au train de la consommation actuelle, peut être 40 années de réserves prouvées de pétrole, 60 années de gaz. Contrairement au hommes du XXe siècle, nous consommons désormais plus de ressources que nous en découvrons de nouvelles. D'ici 20 ans, le doublement du parc automobile mondial deviendra effectif, ainsi que le doublement de la consommation énergétique mondiale. Enfin, plus nous approchons du terme des ressources, plus celles-ci deviennent difficilement extractibles. Comme le montrait Hans Jonas, dans Le Principe Responsabilité, il est évident que cette situation est radicalement nouvelle et qu’elle appelle une nouvelle responsabilité. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’homme menace la planète Terre à une échelle globale et par là même, il met aussi en cause sa propre survie. Nous savons que des civilisations ont déjà péri sur notre planète après avoir pillé et détruit leur environnement. La Terre, arrive au bord de l’essoufflement et de l’asphyxie, à la limite de ce qu’elle peut nous offrir. Pour la première fois, nous touchons le terme de sa capacité d'absorption de notre propre expansion. Nous savons maintenant que la sauvegarde de la planète conditionne par avance tous les autres problèmes.
Nous sommes à une croisée des chemins, acculés à des décisions radicales, qui concerne l’avenir des générations futures. Il n’y a plus vraiment de choix. L’analyse la plus élémentaire montre qu’au minimum, il faudrait un partage équitable des ressources entre tous les habitants de la Terre. Il faudrait aussi nécessairement une nette réduction de la consommation des habitants des pays riches. Notre intérêt le plus égoïste lui-même commande d'apprendre au plus vite à consommer mieux, en qualité, pour consommer moins, en quantité, afin de soulager l'écosystème.
2) L’idéologie de la consommation ne se range pas « à côté » de ce processus, mais à l’intérieur du processus lui-même comme son moteur. L’idéologie de la consommation repose sur une perception fragmentaire de la réalité, une perception à très court terme, à la mesure de la jouissance immédiate et du profit immédiat. Il n’est pas possible de séparer l’idéologie de la consommation d’un côté, avec son modèle culturel, et de ranger de l’autre, le souci de la préservation de l’environnement et de la sauvegarde de la biodiversité. Il y a contradiction manifeste, car ce n’est pas séparable. Le souci de la promotion de la vie sur Terre, en vue des générations à venir commande littéralement une déclaration de guerre à l’idéologie de la consommation. On ne peut plus transiger, comme on l’a fait, en essayant d’initier gentiment le consommateur à une « lecture critique », un « décodage » de la publicité. Non l’heure est à la remise en cause radicale et sans compromis des fondements de la société de consommation. L’heure est venue d’ouvrir les yeux.
Il faut bien comprendre que le message délivré continuellement par la publicité est à l’exact opposé de la prise de conscience qui nous est devenue nécessaire. Il encourage largement l’inconscience, l’irresponsabilité, tout en inculquant massivement des conduites de consommation frénétique. La publicité n’est plus du tout une « information commerciale », elle est carrément une forme de propagande. Elle répète inlassablement qu’il n’y a pas d’autre modèle social que la consommation, que la consommation est notre unique et meilleure raison d’être. Elle a entre les mains les outils de manipulations mentales les plus puissants jamais inventés par l’homme. A côté, même les religions et les sectes ne sont pas à la hauteur. Le matraquage publicitaire inculque massivement et du matin au soir, un ensemble d’illusions dans la conscience collective, en entretenant une idéologie de la croissance, datée d’un siècle ; une idée du progrès auquel les esprits les plus éclairés du siècle des lumières, comme Rousseau, ne croyaient même pas, une vision de la techno-science d’une naïveté invraisemblable. Et le comble, c’est que le plus souvent, le système éducatif
souvent ne fait que conforter cette vision, signant par là le contrat implicite de ceux qui dorment. Il faut voir les productions scolaires sur la publicité de ces adolescents dont le sens critique est tout bonnement laminé et le conformisme
est tellement exemplaire que l’on en reste pantois.
Le discours de la publicité n’est pas simplement "ludique", qu'il n'a jamais été "neutre", qu'il n'a jamais été humaniste. Ce serait un leurre que de croire que seules des raisons écologiques nous obligent à une remise en question du monde de la consommation. C’est bien plus radical. Le discours publicitaire est très largement anti-humaniste. Il ne cherche pas à civiliser la terre, ou à l'humaniser mais à la marchandiser. Par principe, la publicité ne s’intéresse pas à une valeur qui serait non-marchande. Elle objective le processus de la technique sous la forme de l’échange et seuls les processus objectifs l’intéressent, comme au bout du compte seul le profit l’intéresse. Pas la subjectivité pure. Pas la vie. Pas la conscience. Pas la culture. Pas la dimension spirituelle de l’être humain. La publicité adore exacerber le goût de la domination, de la supériorité. Elle joue largement sur le registre de la séduction, de l'avidité possessive et de la recherche de la jouissance immédiate. Sur le mode proprement sexuel. Il y a bien sûr des exceptions, mais le plus souvent, elle flatte la tension émotionnelle, elle idolâtre les pulsions primitives de l’humain et elle discrédite l’intelligence la plus élevée. Elle dévale l’amour dans la sensiblerie, le sentimentalisme ou le romantisme, quand ce n’est pas directement dans le registre porno. Elle campe
ouvertement dans l’immoralisme. Elle sape la Passion vraie et la vraie générosité, même quand elle prétend les rencontrer. Elle en fait des images promotionnelles
pour vendre. Il faut surfer sur les tendances du moment et les récupérer. Elle engendre une civilisation où le culte de l’ego est religion, où l’existence n’est que divertissement, mais jamais investissement de soi. Elle produit directement des comportements mortifères. Le racket, la violence des banlieues, le sexisme, l’utilisation de la femme comme objet sexuel, le culte de l’argent et du pouvoir, sont directement liés à un conditionnement idéologique tiré de la publicité.
La publicité n’est pas une culture, elle ne transmet rien, n’enseigne rien et elle sape le sens de la tradition, en ne véhiculant que des valeurs éphémères et arbitraires. Celles des modes qui changent à toutes les saisons. Elle coupe les racines et fait de l’individu une feuille prise dans le vent des tendances. Pour que la publicité devienne une culture, il faudrait qu'elle soit désintéressée, ce qui est évidemment contradictoire, puisque son but, c’est de faire vendre. Elle convient parfaitement pour le dressage. (texte) Qu’est ce qu’un enfant retirera du fait qu’il a été habitué, depuis qu’il est petit, à être habillé de pied en cap avec des marques ? Qu’est-ce qu’il aura appris dans le fait d’imiter ses parents pour acheter des casquettes A, des T-shirt b, des tennis C ? Où est la transmission des valeurs dans une société qui n’a rien d’autre dans la tête que des publicités ? Où est la culture ? La postmodernité a fait très fort : elle a justement élevé la publicité au rang d’une culture, la culture-pub. La publicité elle est devenue l’unique culture de la jeunesse, l’unique point de ralliement, de reconnaissance, de convergence : le langage commun des générations nouvelles. C’est bien la preuve qu’ils font admirablement leur boulot les publicistes. Ils savent récupérer tous les vrais désirs, fabriquer une infinité de faux désirs, faire avaler toutes les couleuvres idéologiques et lessiver complètement le sens critique. Il suffit de jouer sur la séduction des images, d’ajouter une dose de fun, des sourires jusqu’aux oreilles, une musique qui balance et le tour est joué. La preuve en est la surprise et l'étonnement dans le regard de cette jeunesse, quand on entreprend de faire la critique de la publicité. Elle est tellement bien assimilée que l'on ne peut même plus la mettre à distance; et comme elle sert à se moquer de tout, il est impensable que l'on puisse la remettre en question. Elle est d'emblée soustraite à toute critique. Elle est installée dans le domaine de ce qui est cool et rigolo. Et sur ce registre, elle est inatteignable, tout ce qu’elle peut dire deviendra une évidence par le seul effet de la répétition. C'est de cette manière que la publicité engrange des opinions dans le sens commun.
Le résultat massif est là : une efficacité à faire consommer et surconsommer sans limite, à polluer massivement, à faire ingérer toutes sortes de produits nocifs pour l'organisme, à surexploiter le travail partout dans le monde, à rendre dépendant de choses toujours plus inutiles et noires. Et en particulier rendre dépendants d'abord les esprits les plus faibles, les plus influençables. Ceux qui n'ouvrent jamais un livre... mais ne rate jamais une publicité. Alors comment peut-on décemment parler de gestion de la planète, de décélération de la croissance, sans remettre en cause la publicité?
Il faut revoir notre copie et regarder les choses en face, ce modèle de société que nous avons réussi à imposer partout sur la planète, il est primitif. Il est tout, sauf le reflet d’une société idéale. Il traduit une compréhension de la Vie qui est primitive. Il entretient dans la conscience collective un réseau serré d’illusions sur le sens de la vie humaine. Il exploite la représentation d’un manque. Il suggère de manière constante que nous manquons de tout : de confort, d’amour, de paix, de joie, etc. Pour posséder ces qualités qui manquent affreusement à la vie, il faut donc se précipiter en dehors d'elle ; pour acquérir de quoi la combler et donc avoir plus pour être d'avantage. Mais la qualité de la vie n’a rien à voir avec une quantité de bien à posséder. Nous ne sommes pas ici, vivant de notre pleine vie consciente, pour consommer. Réduire notre existence à la consommation, ce serait la consumer en vain. La vie n’est vivante que quand elle découvre en elle-même sa propre plénitude qui ne manque de rien, pour créer se recréer elle-même dans un monde à son image. Ce que nous appelons le «sens commun » aujourd’hui, et qui n’est pas le bon sens, est un chapelet de préjugés qui ont été soigneusement inculqué par la l’idéologie de la consommation. Nous vivons en plein dedans, sans même soupçonner leur existence. Pour les voir surgir, il faudrait les examiner avec de la distance, il faudrait pouvoir les mettre entre parenthèses et examiner sur quelles croyances ils reposent.
de faire l'expérience de ce se déploiement sans limite. Une extase. Pour cela, faire de l’insurrection une seconde nature, jusqu’à ce qu’elle devienne tellement spontanée, qu’elle s’exprime comme notre première nature, notre vraie nature d’être humain : aimant, libre et responsable. Intensément concerné par le sort de cette planète merveilleuse appelée la Terre.
3) La révolte, disait Camus, est un non à l’injustice et au mal, qui suppose implicitement un oui à la justice et au bien, en ce sens, la pensée négative conduit à l’affirmation positive la plus élevée. Il ne s’agit pas de s’opposer pour s’opposer. Ce qui est tout aussi superficiel que d’obéir tête basse et sans broncher. Ce que nous voulons, c’est une Vie meilleure sur la Terre, parce que nous aimons vraiment la Terre, sans limite, de manière inconditionnelle. Et quand on aime on veut le meilleur pour ceux qu’on aime. On n’ira pas transformer ses enfants en consommateurs obèses, on ne fera rien pour les transformer en des enfants gâtés de la société de consommation. Choisir la simplicité est une décision radicale qui ne va pas de soi et auquel nous ne sommes pas préparés socialement. Cela demande une création de chaque instant. Une conscience renouvelée.
La simplicité sert les intérêts d’une communauté, tandis que la consommation ne sert qu’une communauté d’intérêts. La consommation ne contribue pas à la formation d’un vrai sens de la communauté humaine, elle relève du comportement de foule, de l’être-avec et non de l’être-ensemble. La simplicité reconduit au sens des responsabilités du citoyen du monde. A l’inverse, la consommation déresponsabilise et borne l’intérêt à l’immédiat, sans égard aux conséquences éloignées. Il faut le dire franchement : le
consommateur-citoyen est un mirage, un oxymore. Ce n’est pas en suivant les suggestions consommative que l’on peut trouver des indications sûres de l’intérêt général. Qu’il y ait des indices de l’amélioration du niveau de vie de préjuge en rien de la qualité de la vie. Comme l’écrit E. Morin « l’élévation des niveaux de vie peut être liée à la dégradation de la qualité de la vie. La multiplication des moyens de communication peut être liée à l’appauvrissement des communications personnelles ». Nous sommes bien à un moment difficile de notre Histoire qui se caractérise par un « mal de civilisation ». Alors que l’on cesse donc de se leurrer avec les images hallucinatoires de la société de consommation, pour regarder ce monde qui est le nôtre en face. Il faut se poser la question de l’issue de notre futur. Allons nous vers l’autodestruction ou vers une mutation ? demande Edgar Morin. L’autodestruction, au train où vont les choses, c’est probablement dans l’ordre du laisser-faire. Une mutation par contre se choisit, elle ne se fait pas toute seule, elle repose sur une prise de conscience. « Il s’agit de ralentir pour éviter soit une explosion, soit une implosion. Il s’agit de décélérer pour pouvoir réguler, contrôler et préparer la mutation. La survie exige de révolutionner le devenir. Il nous faut venir à un autre avenir. C’est cela qui doit être la prise de conscience décisive du nouveau millénaire ».
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Penser que la société de consommation est le simple prolongement « logique de l’avènement de l’ère industrielle », son résultat inéluctable, c’est non seulement incliner à une conception fataliste de l’Histoire, mais c’est surtout négliger la structure idéologique de la société de consommation en tant que telle. Y voir seulement un « phénomène social » parmi d’autres est une vision à très courte vue. De même, ne voir dans la publicité que son caractère « ludique », c’est rater l’essentiel et se laisser piéger dans la compromission complète avec un système dont il est urgent de repérer les nuisances. Ce que nous ne voyons pas encore avec suffisamment de clarté, c’est que l’alliance entre la techno-science, qui confère à l’homme un pouvoir extraordinaire sur la nature et du modèle de la société de consommation, qui est un modèle primitif de société, met l’humanité dans une situation extrêmement dangereuse. Elle développe simultanément un pouvoir sur le monde qui requiert la nécessité d’une maîtrise à un niveau de conscience très élevée. Or, ce à quoi travaille le modèle de la société de consommation, c’est exactement l’opposé : la frivolité et l’insouciance, une vie délurée, une conscience écervelée constamment incitée à l’irresponsabilité. Bref, un niveau de conscience faible et immature.
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© Philosophie et spiritualité,
2005, Serge Carfantan.
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