Introduction Nature et culture

Les notions en jeu dans le cours

Pour tracer la frontière entre l’homme et le reste de la Nature, il suffit de marquer son entrée dans la culture. L’animal qui a une évolution biologique en ce sens n’a pas d’Histoire, puisque justement l’Histoire est le développement de la culture humaine sous ses formes les plus variées. Les sciences humaines, notamment au travers de l’apport du structuralisme, ont beaucoup tablé sur cette représentation nature/culture pour définir l’humain en opposition avec l’ordre de la seule naturalité où justement cette fracture n’est pas consommée. On dira alors que dans l’homme ce qui est naturel, c’est seulement l’animalité, le biologique, ou inné, ce qui est culturel, c’est tout ce qui est acquis et proprement humain. Si la nature est animalité, il faut chasser en nous le naturel et inviter l’ordre du culturel. De là résulte l’idée selon laquelle l’homme est entièrement formée par la culture. Tout s’apprend : la mort, la naissance, le sexe, la politesse, la manière de se nourrir et même de dormir sont culturels, c’est à dire relatif aux us et coutume d’une civilisation donnée. Rien n’est naturel en l’homme, l’homme est un être totalement artificiel. Apparaissant au monde, il est immédiatement enveloppé par le réseau des règles sociales, il est pétri par la culture qui le forme pour qu’il devienne justement un humain. Autant dire à la limite qu’il n’y a même par de nature humaine : l’homme sera ce que le conditionnement social pourra en faire ou bine ce que sa liberté pourra improviser et c’est tout. L’homme est jeté dans un monde où il doit tout apprendre, parce que, sans la culture, il ne serait rigoureusement rien.

Or, en même temps, il y a un autre point de vue sur la Nature. Il est possible de dénoncer justement la dénaturation de l’existence humaine dans la société moderne et le saccage de la Terre. L’écologie est là pour nous rappeler qu’un équilibre doit être trouvé entre l’homme et la Nature et cet équilibre implique en particulier que nous ayons aussi beaucoup plus d’égard notre propre nature. Mais quand on part de ce point de vue, le changement de sens du mot Nature est alors assez radical, puisque le naturel désigne une norme immanente à la Nature à laquelle nous devons nous adapter justement pour chasser l’artificiel qui est le résultat d’une culture qui s’est éloignée à l’excès de la Nature. Qu’on le veuille ou non, l’homme fait partie de la Nature, il ne peut pas sans péril la mettre en cause sans se mettre en cause. Nous avons trop longtemps ignoré notre relation avec la Nature. Ainsi, le retour à la Nature n’est pas une idée si naïve qu’on a pu le penser, elle contient un fond de vérité qui nous renvoie à notre rapport avec l’Être. Ce rapport a été rompu par la technique qui a fait de la Nature un simple matériau à exploiter et c’est justement cette exploitation frénétique qui nous revient sous la forme de destruction, comme si la domination de la Nature par l’homme avait en quelque sorte rompu le pacte unissant depuis toujours l’homme et la Nature. Les anciens pensaient l’homme comme une partie intégrante de la Nature. Leur philosophie de la vie impliquait une logique de l’insertion de l’homme dans la Nature.