Les notions en jeu dans le cours
Nous ne pouvons pas dire que n’importe quelle activité constitue un travail. Mais la différence entre les deux n’est pas facile à cerner. Ecouter de la musique ne constitue pas en général un travail... sauf pour le journaliste critique d’art chargé d’écrire un article sur les dernières parutions musicales. Faire du jardinage en général n’est pas un travail, mais plutôt un plaisir, une manière de se faire donner du loisir en soignant les plantes, comme on s’en donne à décorer sa maison. Mais ces mêmes activités deviennent un travail, si c’est celui du jardinier, du peintre ou du décorateur professionnel. Est-ce à dire que d’un côté il y a celui qui exerce une activité " par plaisir " et de l’autre celui qui est " payé " pour le faire ? Ce serait une distinction bien pauvre: on peut éprouver un grand plaisir et même une joie à exercer un métier qui est rémunéré. On peut aussi considérer comme un travail le fait chez soi de tailler les rosiers de monter un mur ou de balayer des feuilles. Il y a un autre sens du travail dans cette fierté " d’avoir bien travaillé ", fierté que l’on éprouve en contemplant ensuite le résultat de son travail : son oeuvre. Cela voudrait dire alors que là où il y a travail, il y a production d’une œuvre. Mais on devra alors prendre le mot " œuvre " dans un sens très général et on s’écartera d’une manière courante d’identifier le travail à une activité accomplie surtout pour l’appât du gain. Nous voyons donc qu’il y autour de la notion de travail un ensemble confus de présupposés qui fait que nous passons souvent d’un sens à l’autre sans faire bien attention à toutes les implications du mot. De fait nous ne savons même plus d’où doit venir le sérieux du travail, si l’on a raison d’y voir une sorte de contrainte ou s’il faut le glorifier. peut-être que l’idée de contrainte attachée au travail n’est qu’un préjugé archaïque dont nous n’avons pas pu nous défaire. Cf la malédiction attachée au travail.
La situation est en plus rendu encore plus complexe du fait que le travail subit l’influence de deux facteurs importants. Le travail dans la post-modernité est conditionné par l’empire de la technique. Il n’est pas un seul secteur de l’activité humaine où la technique ne modifie le rapport de l’homme avec le monde. Nous ne pouvons ni parler du travail ni parler du loisir comme on aurait pu le faire avant la révolution industrielle. D’autre part, le sens du travail est oblitéré par la marque de l’économie. S’il y a bien une idée qui est martelée par notre culture, c’est bien l’idée que le travail est une nécessité pour que les hommes puissent vivre. On tire aussitôt argument du spectre du chômage en arguant que celui qui ne travaille pas est un paria, une sorte de hors-caste, un exclus de la société. Le sous-entendu étant que le travail est quasiment la seule manière qu’à l’homme de s’insérer dans une société, par le biais d’un échange de services. Comme si le travail était la seule façon de donner du sens à la vie sociale. Cet étrange présupposé fait de l’homme une bête de somme dont la seule justification de l’existence est la valeur économique qu’il est capable de produire pour la société. Du temps du marxisme on a même dit que les intellectuels étaient des parasites parce qu’ils ne produisaient rien à comparaison des ouvriers ! Il est vrai que dans le mot ouvrier il y a œuvre, mais est-ce que la production économique est le vrai juge de la valeur du travail ?
Sommes-nous seulement conscients des raisons pour lesquelles nous travaillons ou voulons travailler ? D’où le travail tire-t-il sa valeur et son sens ? Faut-il mettre d’un côté le labeur besogneux justifié par la survie et de l’autre le loisir qui permet de s’évader de ce monde malheureux du travail ? Ce travail pour l’appât du gain n’est il pas justement celui que l’on finit par prendre en haine, tant rares sont ceux qui y trouvent satisfaction ?
Ce qu’il faudra étudier et retenir :
Dans le livre : en introduction faire la différence entre activité, repos, travail et loisir, cf Levi-Strauss, le statut du bricolage p.16. Deux thèses à retenir chez Marx, Le travail est humain, c’est celui d’une intelligence qui transforme la nature p.16 et l’analyse de l’aliénation de l’ouvrier p.26. La conception grecque du travail p. 17. H. Arend. L’apport de la morale protestante, l’esprit du capitalisme, le travail comme but de la vie. Le travail vu comme travail sur soi et culture p. 19 Kant. Le travail est un moyen de mener une police sociale, critique de Nietzsche p.24. Aménager le temps p.27 Baudrillard.
Lecture conseilleé :
G. Friedman Le travail en miette, Idée Gallimard.